À la rencontre de… Béatrice

Chevaux de Prezwalski sur le Causse Méjean

Chevaux de Prezwalski sur le Causse Méjean

Béatrice, alias Mme Déjanté, est une femme formidable. Elle fait partie de mes « wonder-women » d’ailleurs.
Je sais qu’elle ne se voit pas comme ça, mais c’est justement de voir ses « faiblesses » qui, pour moi, met encore plus en lumière sa force.
Béatrice est une femme, une amoureuse, une maman de « famille nombreuse », la marraine et créatrice des Vendredis Intellos – « Avec ou sans mômes, tu n’as pas perdue tes neurones », une grande sensible qui mène une vie bien remplie. Une femme qui apprivoise sa sensibilité et qui apporte la bienveillance aux personnes proches d’elle.

Merci Béatrice  de nous  dévoiler un peu ta vision de la vie et du monde.
J’aimerais savoir ce que ces mots représentent et veulent dire, pour toi :

Qu’est-ce que la vie ?

J’ai d’abord pensé à la première fois où j’avais pensé à ça.

C’était quand j’avais 4 ans, un oisillon était tombé du nid et il était très mal en point.

J’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour le sauver mais il est mort quand même. Je n’avais jamais été aussi triste avant. Je n’avais jamais été confrontée à quelque chose qu’on ne pouvait pas réparer ou arranger.

Je ne savais pas comment faire revenir cette étincelle qui n’était plus.

J’ai pleuré jusqu’à ce que je n’ai plus de larmes à verser.

Et puis j’ai pensé aux fois où j’avais senti la vie vibrer en moi. C’était des fois difficiles. Où je ne croyais plus en grand chose, où j’avais envie de tout abandonner et où je sentais qu’une chose existait encore pour me porter.

Qu’est ce que tu as ressenti et pensé à ce moment-là, quand l’oiseau est mort ?

Au début j’ai pensé que ce n’était pas grave, que ma mère trouverait une solution, parce qu’elle avait toujours trouvé des solutions aux choses graves de ma vie avant ça.
Je pensais que nous pourrions faire quelque chose, même quelque chose de difficile, de compliqué, d’exigeant, de douloureux, j’étais prête à faire n’importe quoi.
Alors je me suis mise très en colère de ne pas trouver, et de voir que ma mère ne pouvait rien proposer.
J’ai beaucoup crié, dis que c’était injuste, parce que c’était juste un bébé qui n’aurait jamais du tomber du nid.
J’ai dit que je voulais quand même qu’on le nourrisse, que je voulais qu’on lui trouve un docteur, qu’on lui souffle dans le bec, qu’on l’encourage.
Et puis j’ai vu qu’il n’avait plus cet étincelle qui brillait l’instant d’avant. Qu’il n’était plus qu’un déchet, un tas de chair inerte. Qu’il n’avait plus pour moi la même valeur. Que ce que j’aimais en lui, ce que je désirais garder près de moi était parti.

En fait, tu as touché du doigt la vie en découvrant la mort?
Oui
Les autres moments auxquels j’ai pensé ressemblent en un sens à ce moment. Les fois où mes enfants sont nés et où pour les mettre au monde, il faut parfois traverser des sentiments qui sont très effrayants, je sais que c’est aussi ce souffle là qui m’a conduite à bon port.

Du coup, la vie, c’est quoi? En peu de mots? Ceux qui te viennent spontanément.

De l’énergie qui nous relie à nous même et au monde?
Je ne sais pas…

Qu’est ce que l’amour ?

Je ne sais pas si je peux faire la différence avec la vie. Enfin si je peux, tout le monde sait que c’est différent. Mais les deux nous relient les uns aux autres, et l’une ne peut exister sans l’autre, du moins pas pour les humains.

Quand j’étais petite j’avais peur de trop aimer. Ou qu’aimer trop fut dangereux.
Je n’arrive pas à expliquer ce que je veux dire.

C’est quoi « trop aimer » pour toi ?

Toujours croire celui qui demande de l’aide, tenter de lui apporter autant qu’on le peut, ne rien garder pour soi qui pourrait être plus utile à l’autre, se débarrasser de tous les sentiments de toutes les pensées qui nous empêchent de comprendre les autres, de nous relier à eux, d’éprouver de l’empathie pour eux, de les trouver beaux parce qu’ils sont vivants
Le fait est que je me suis parfois mise en danger à cause de cela. Alors j’ai cherché des êtres que je pourrais aimer de cette façon sans que cela soit dangereux pour moi. Je crois avoir trouvé.
Et du coup, je peux essayer d’aimer d’une façon plus prudente les autres.

Tout donner et s’oublier, en fait?

J’ai cru longtemps que je me trouverais moi en abandonnant tout oui.
J’apprends peu à peu que ce n’est pas si simple… et qu’on se doit à soi-même l’amour qu’on veut donner aux autres.
C’est très contre naturel en fait pour moi de prendre soin de moi.

Et maintenant?

Je découvre mes besoins, je découvre qu’en les respectant, j’aime « mieux ».
Je découvre que cette façon d’aimer, c’était une fuite hors de moi.
Pendant des années, le matin de Noël, mon seul bonheur était de regarder le visage de ceux qui ouvraient leurs cadeaux. J’avais horreur d’ouvrir les miens. C’est une drôle de comparaison parce que les cadeaux de Noël ne sont pas vraiment comme les émotions mais je crois qu’il y a quand même un lien: je voulais être heureuse du bonheur des autres sans être capable de goûter le mien.

Spontanément, en quelques mots, c’est quoi l’amour?

Ce qui nous relie aux autres.
Ce qui donne du sens à la vie, ce qui la fait jaillir hors de nous.

Qu’est ce que la force ?

C’est un mot que je n’emploie pas beaucoup. Dans le sens « avoir de la force »?

Le sens que tu lui donne, je ne veux pas t’influencer

On va dire qu’on ne parle pas de Star Wars donc je vais m’en tenir au sens que j’ai proposé!

Je crois que c’est quelque chose de très intime, et qu’on ne connaît pas forcément bien de soi.

J’ai été considérée socialement comme une enfant « faible ». Parce qu’enfant je pleurais beaucoup, souvent pour des choses que les autres considéraient comme dérisoires, j’étais vite effrayée, parfois même par des choses anodines, et dans des proportions toujours très importantes.

A 4 ans, je n’ouvrais pas les yeux tant que l’orage grondait. Les brouillards épais me provoquaient des angoisses existentielles. A 5 ans, je voyais des microbes partout et les cimetières de marins me plongeaient dans une mélancolie insondable. J’ai grandi sans changer vraiment même si j’apprivoise mieux ces sentiments intenses.

Je vois les couleurs trop vives, j’entends les sons trop forts, j’ai un curseur pas toujours bien réglé pour le monde dans lequel on vit.

Et puis parfois je pense à des choses que j’ai faite, ou que j’ai surmonté. Et je sais que je peux être fière de moi.

Je sais que ces choses là, quand d’autres les apprennent, ils se disent « toi?? tu as fait ça? » parce que ça leur paraît incroyable.

Quand j’étais au lycée, on me surnommait « Petit pimousse ». Je crois que c’est tout à fait ça en fait.

Petit mais costaud ?

Oui

Ça te va bien
En quelques mots, la force, c’est quoi?

Notre botte secrète. La sève de notre vie.

Une réflexion au sujet de « À la rencontre de… Béatrice »

Laisser un commentaire